Jihel le faussaire virtuel.

 

Au travers de billets de banque anciens ou contemporains, Français ou étrangers, Jihel, cet artiste méconnu pour moi il y a moins d'un an, a installé son art du détournement en investissant peu ou prou la calligraphie existante du papier monnaie. Modifiant le personnage central par des scénettes issues de son esprit vagabond, calculées à souhait pour amener une réflexion pas toujours évidente, il nous force dans des replis d'aventure parfois surréalistes. Des passages par l'histoire de France ou tout simplement l'actualité sont nécessaires et obligatoires. Quid de ce billet de Delacroix avec Talleyrand ? Un hasard ? Bien sur que non, et pourtant c'est en cherchant dans d'autres dessins de Jihel sur Delacroix que j'ai compris, puis des recherches plus approfondies m'ont mis sur la voie, beaucoup savent, je laisse les autres chercher comme je l'ai fait, il y a un vrai plaisir dans la découverte. Et ces billets de la banque du Congo avec le Roi Léopold II de Belgique, mais aussi Empereur du Congo, d'où l'idée,  surtout pour glisser celle que Jihel appelle la reine du caoutchouc, Cléo de Mérode, que de hasards. Tout est hiérarchisé chez Jihel, l'improbable n'existe pas, l'histoire nous apportera son lot de découvertes dans ses textes ou dessins, on se doute qu'il invente volontairement des énigmes, des pièges, des questions, il se joue de nous et c'est très bien, ses dessins ont du cœur, la banalité n'a pas de prises. Tintin qui hurle " Vive le Rexisme" sur un billet du Congo Belge nous rappelle cruellement l'engagement colonialiste et néfaste du dessinateur Hergé en faveur du mouvement de Degrelle. Tout est à l'avenant, de Hugo à Voltaire en passant par Pascal, un travail étonnant sur les assignats est passionnant, avec un Louis XVI perdant sa tête devant Marie Antoinette et Fersen son éventuel amant.

 

J'ai quelques préférences pour certains billets, ceux du Mexique avec Frida KAHLO et Diégo RIVERA, Trotsky dans un cœur nous guide sur une aventure mortelle, l'as de pique veille. Les cartes pirates de salons me plaisent également beaucoup , là aussi Marilyn ne fut pas de reste et apparaît souvent ainsi que Madonna, Jihel, le roi de la Pin up était bien obligé d'investir ce thème là, dommage il y en a peu avec des billets de banque, une vingtaine je pense.

 

Des dessins récents car d'une actualité présente ont cernés les années 2016 et 2017 avec Sarkozy, Fillon, Trump, Obama et bien d'autres personnages, Jihel pour notre grand plaisir bouge encore.

 

Le choix des couleurs implique une grande maîtrise des contrastes, les tons mélangés offrent un passage de la forme à la matière, quelle habileté de jouer ainsi avec une qualité esthétique, c'est un tour de force pour qui sait que cet artiste est un artisan, il ne faut surtout pas oublier qu'il dirige tout, de la conception graphique à la distribution en passant bien entendu par l'impression, cette impression de haut niveau qui fait d'un bout de carton une œuvre d'art.

 

Je ne connais pas Jihel personnellement, je suis trop jeune pour l'avoir rencontré dans des salons, expos ou conférences, j'ai comme chacun d'entre nous ces échos qui me parviennent par ceux qui le connaissent et ne se privent pas pour parler de celui qui fut leur poil à gratter, une imagerie abondante de fantasmes sur un artiste engagé et intransigeant, expliquant sans se lasser et largement sa démarche et ses idées sans colère aucune. Son talent est à la hauteur de ma frustration de ne pas savoir si un jour j'aurai le plaisir de le rencontrer.

 

Je suis riche de cette collection de billets de banque, ce thème s'est imposé à moi naturellement comme un hasard familier, je suis c'est certain tenté par beaucoup d'autres sujets mais les moyens financiers me manquent, je n'ai néanmoins pas dit mon dernier mot.

 

Francis PASCHKE

Etudiant en sociologie.

Janvier 2017.

2016 : Jihel créé par Janick Jacquet 

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