Les dessins de Jihel dégagent une atmosphère particulière et relativement confidentielle, selon toute vraisemblance l'artiste est guidé par des muses et il se fiche pas mal de la gloire et des paillettes et c'est bien là que réside la force de sa plume.

Très largement soutenu par de fidèles collectionneurs du monde entier, il marque de son sceau des sérigraphies exigeantes qui s'arrachent outre Atlantique ce qui lui donne une liberté de ton en France.

Tout aussi à l'aise dans l'écriture que dans le dessin, ses mots effleurent la progression de son art, ils aspirent à l'évidence et nous apportent une familiarité avec l'artiste à laquelle on ne s'attendait point, on pénètre largement dans ses tourments et on se laisse guider par le raffinement de ses mots.

Flora ABINCH 

LA CARTE PHILOSOPHIQUE
LA PHRASE NOIRE

La phrase noire de Jihel




 

Est-ce qu'il faut encore des mots pour qualifier cette série alliant graphisme et textes, art et philosophie, couleurs et révolte, jour et nuit, est-ce qu'il faut des mots ?

Jihel est beaucoup plus qu'un simple artiste, c'est un cas d'école qui bouscule les effets de mode, un esprit curieux qui surprend encore et toujours, un artiste majeur de la cartophilie, de la gravure et de la sérigraphie. En maître de l'image il n'offre aucune alternative au hasard.

Amateur de séries, il aime par des titres détonants fixer le temps, son temps à lui, glisser sa plume au fond des mots pour parfaire son agitation, transmettre la vivacité de son esprit indocile, ce refus de s'aligner dans le rang est toujours bien présent, pas de bannière homologuée, un refus total de l'académisme, des théories et du système. Un insoumis bien avant l'heure.

La phrase noire aligne ses mots, un mouvement de phrases construites par une liberté totale des signes mais avec une effervescence créatrice insolente, la nostalgie fait un pied de nez à la peur, une typo manuscrite qui nous rapproche de l'auteur, bien vu. Il est devenu avec les ans dans sa dimension libertaire le mauvais joueur, celui qui ne veut plus participer, il le dit et je pense qu'il a raison, il est la valorisation de la spontanéité, il est la vie, tout simplement, c'est ce que l'on attend de lui.

 

Lisez le, surprenez vous, c'est une montagne de textes qui s'offre à vous bien volontiers, l'entrée en lecture passe par les formes artistiques d'un dessin non convenu, laissez vous entraîner dans les couleurs chaudes ou sombres, vous avez devant vous un livre d'artiste dont les feuilles amovibles se protègent entre elles comme pour maintenir à distance les intrus. Quel éditeur un jour aura l'idée de rassembler cette série dans un livre?

Les symboles affluent et impriment le sens des mots, manière hors du commun de justifier ce choix singulier d'une nudité féminine, l'œil est aimanté, les mots se glissent et se portent à disposition du lecteur, l'académisme voulu d'une Joconde manipulée, triturée fait corps avec la belle écriture de cet homme inclassable, et surtout n'essayez pas de l'enfermer dans une boite, Jihel franchirait les Alpes.

Péladan comme un instant volé à l'imaginaire de sa palette, le chevalet est au sol, le grand écart est possible, le cri est humain, il pénètre l'accumulation des mots, contradictions subtiles d'un mal être qui s'accepte, qui s'efface et se contredit.

 

C'est un chef d'orchestre qui fait se casser les notes sur une abstraction dynamique, l'envolée est psychique, elle résonne en bosse sur nos vies. Prenez le temps de lire, vous casserez ainsi le dogme de l'automatisme.

Cette série est pour moi la plus belle, vous l'aurez sans doute compris, sinon je recommence.

Où que tu sois artiste maudit, incompris, merci.

 

Antonio CALVEZ.

Portugal. 

LIBEREZ LES MOTS
FILLE DU VENT

2016 : Jihel créé par Janick Jacquet 

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