LE VENT DE LA NÉCESSITÉ, UN SOUFFLE NOUVEAU DANS L'OEUVRE DE JIHEL.


 

Objet de toutes les convoitises, animant la passion dévorante des collectionneurs, depuis des décennies, la carte postale contemporaine joue un rôle patrimonial majeur en permettant aux artistes la reproduction de leurs œuvres picturales, monumentales ou décoratives.

En véhiculant l’image, tout en inspirant réflexions et récits, elle s’est inscrite et dans l’espace avec ses fonctions culturelles, historiques et politiques. Devenant, ainsi, le témoin de son temps, elle reste un outil incontournable pour explorer tout un pan de notre vécu socio-économique.

Grâce aux soins apportés à la qualité de l’impression par les éditeurs, l’engouement est tel, qu’en 1975, Gérard Neudin, un polytechnicien amateur de cartes postales, va publier pour la première fois un annuaire qui aujourd’hui encore, demeure une référence pour les cartophiles.

Modeste amateur d’art contemporain, je me suis donc intéressé à ce support et plus particulièrement aux innombrables créations de l’artiste Jacques Lardie dit Jihel, dont je suis devenu un fervent admirateur grâce à mon épouse, Janick, qui suit son œuvre. Ses longues séries thématiques de dessins et sérigraphies, déclinés en cartes postales, sont bien sûr connues d’un large public d’amateurs et collectionneurs, en France comme à l’étranger.

Jihel, artiste anar, uchroniste et philosophe a produit des milliers de dessins satiriques et caricaturaux composant des séries traitant de politique, de philosophie, d’ésotérisme, des arts comme notamment le cirque avec les clowns Grock et Chicky ou le romantisme avec Berlioz, et mettant en scène une pléiade de personnages atypiques, accompagnés de textes et/ou de pensées pouvant être énigmatiques pour les non-initiés… Passionné d’histoire, il se montre, à travers une longue série (ciment de l’histoire) de dessins hauts en couleurs, fasciné par Talleyrand dont il fait son personnage emblématique souvent associé à d’autres figures célèbres et mystérieuses comme Cléo de Mérode, Joséphin Péladan ou symbolique telle Louise Michel.

Mais il a aussi croqué de magnifiques hommages pour quelques grands noms de la scène artistique, tout comme lui engagés, tels Brel, Brassens, Ferré ou Joan Baez, Catherine Ribeiro… pour les plus connus.

Au cours du mois de mai 2016, nous avons eu l’honneur et le privilège, de le rencontrer et de nous entretenir avec lui. Entretien au cours duquel nous pûmes découvrir plus avant, ébahis, la série « les timbres monnaies ». Cette série nous interpelle car elle contraste avec l’ensemble de l’œuvre, insufflant dans l’univers artistique de Jihel un courant nouveau, léger et doux, presque poétique. Tout au long de cette série de dessins en tirages limités, numérotés de 1 à 30, Jihel nous invite à revisiter en un voyage ludique et interactif, la société en quête de modernité de la Belle Epoque.

Les Timbres-monnaies apparurent en France au début des années 1920. Outre la thésaurisation des métaux précieux, la première guerre mondiale avait été une grosse consommatrice de métaux, et les pièces de monnaies en nickel et cuivre firent vite défaut. Les industriels, commerçants, collectivités, via les chambres des métiers, firent alors frapper des monnaies dites de nécessité. Sorte de synthèse entre la philatélie et la numismatique, le timbre-monnaie se présentait sous la forme d’un jeton, souvent de fer blanc, parfois en aluminium, avec à l’avers un timbre postal portant mention de la valeur fiduciaire et au revers une publicité de l’établissement émetteur. Ces monnaies de substitution éphémères ne furent produites qu’en très faibles quantités ce qui explique aujourd’hui leur rareté et les prix élevés atteints lors des ventes spécialisées. Il est donc très difficile pour ne pas dire impossible de les collectionner. Elles furent définitivement abandonnées au cours de l’année 1924 quand les pièces de monnaies circulèrent à nouveau.

Toujours en quête d’originalité Jihel s’est donc amusé à les faire revivre le temps d’une série qui ne manquera pas de séduire par son approche philosophique, son caractère récréatif et ses qualités graphiques d’une richesse incomparables. Ces superbes dessins aux couleurs chatoyantes, s’accompagnent de textes sur mesure laissant aux lecteurs toute liberté d’interprétation, s’agissant d’images à double lecture. Un dessin dans le dessin, en quelque sorte. Certains dits puzzle sont scindés en x parties apportant une touche supplémentaire dans l’originalité et la conception. D’autres, dits chromatiques se démarquent ayant pour fond une carte ancienne retouchée, ce concept mêlant d’ailleurs harmonieusement plusieurs techniques graphiques.

Mettant en scène le chat Egrégore et sa comparse Mouse, la souris, Jihel, au travers de cette série, fait appel à notre réflexion et, provoquant notre curiosité, nous invite à remonter le temps d’une manière à la fois cocasse et imaginaire tout en respectant le fil de l’histoire. Cette association thématique des monnaies du vent, d’un temps où tout restait à inventer, et des dessins aboutis et saturés de légèreté d’un Jihel scénographe, pédagogue et conteur à l’imagination débordante, flatte avec intérêt notre appétit pour la connaissance, les découvertes, les errances poétiques et plus simplement, notre goût pour les belles images.

 

Janick et Philippe Jacquet

Les mots appartiennent à tout le monde, et chacun les utilise comme il l’entend. Les poètes eux détournent les mots pour étonner, faire rêver ou penser. C’est ce qu’on appelle la « licence poétique ». Certains mots se perdent dans la nuit de l'écriture, ils deviennent embarrassants.    

 

JIHEL.

TIMBRES MONNAIESe

Série spéciale 
Série : publicité 
Timbre Monnaie 
Dessin à énigmes