COUTE GASTON

                                          Gaston Couté ce frère d'un temps perdu

   Ce 23 septembre 1880, il ne faisait pas chaud, pas question d'été indien à Beaugency dans ton Loiret et pourtant ton cri de naissance résonna de tes révoltes futures, un peu rauque et sourd avec ce rien de vertige qui donne la bonne contradiction, celle qui renvoie de suite à la poésie.Tu grandis entre Beauce et Sologne, malgré des débuts d'études brillants, tu rêvais préférant les champs de blé à la Communale, déjà la solitude s'emparait de ton esprit indiscipliné et turbulent, tu fus renvoyé de ton lycée car tes mots ne coïncidaient pas avec ceux académiques de l'institution et oui les papillons noirs frôlaient tes différences vagabondes, tu étais en partance... Villon t'obsédait et tu le tutoyais dans ton imaginaire insolent.

  Ce poste de gratte-papier, eux ils disent commis de perception, que tu occupes à 16 ans n'était qu'un pas de côté sur l'écriture, tu rêvais d'un ailleurs, Orléans n'était pas ta ville, le Progrès du Loiret, pas ta feuille, quelques mois pour casser le temps et l'ironie puis un remerciement à la clef, la révolte n'est pas de mise chez les bourgeois patentés... ou alors il ne faut pas qu'elle dépasse leur peur. Alors en ce mois d'octobre 1898 ton point de mire se dénommait Paris, le Paris des Communards où tu allais vivre pleinement ta bohème de cabarets en bouges, Montmartre et ses rues en pente, étroites, là récitant et chantant tes poèmes paysans pour une révolution qui se donne à corps perdu. Le mélange d'argot et de patois Beauceron résonne encore à mes oreilles complices, j'étais là au fond de la salle t'écoutant dénoncer les bourges et les curetons, ta blouse bleue flottait sur ce qu'on peut appeler une scène accompagnant ton large chapeau de feutre sombre, j'ai tout noté et même plus, je savais qu'un jour par le jeu des déformations et interprétations symboliques je guiderais en anarchie tes pas dans l'esprit de mes contraires, tu allais devenir ce labyrinthe un peu fou de mes uchronies. Je me suis refusé à emprisonner mon regard sur toi et j'ai laissé parler la forme et la matière, tu es en mouvement, tu es vivant. Ta vie sera désordonnée mais pleine d'un talent qui résonne encore aujourd'hui pour qui sait t'écouter, te lire.

  Ta fibre anarchisante va te conduire dès 1899 au journal "Le libertaire" où tes pamphlets ne passeront pas inaperçus, Sébastien Faure remarqua cette pointe d'inquiétude qui frôle les murs sans les toucher, une évidence, il te convia à collaborer au "Journal du Peuple" , là tu mis en couleurs des textes de révolte qui fleuraient bon la poésie tant les mots étaient soignés et occupaient l'espace désigné. Tes mots épongeaient la médiocrité du conformisme bourgeois, ils essuyaient d'un revers de main la stupidité et la méchanceté de cette période dite "belle époque".

  Ta passion de l'absinthe va te conduire dans les nuits de Montmartre de cabaret en cabaret, au Lapin Agile, Tu te lieras d'amitié avec Picasso, Kupka, Max Jacob, Apollinaire, Carco et bien d'autres, initiés eux aussi au rituel de la fée verte. Syndiqué à la C.G.T tu participas à de nombreux meetings de soutien en faveur des ouvriers en grève.

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  Puis ce fut l'épisode de "la guerre sociale" de Gustave Hervé (Ce "gas" qu'à vraiment mal tourné au point de devenir nationaliste et soutenir Pétain par la suite, mais c'est une autre histoire et tu ne pouvais pas le savoir, pardon ce n'est pas le sujet.) A la une de cet hebdo antimilitariste, tu imposas chaque semaine une chanson calquée sur un air connu, moins de poésie, l'actualité ne s'y prêtait guère. Nous sommes en 1910, il te reste un an à vivre, près de 60 chansons virent le jour sous ta plume si on cumule ton éphémère collaboration à "La barricade" et là celui qui siffle, le Subéziot était à son apogée.

 

  Ces chansons faisaient le tour du Paris libertaire et révolutionnaire, on chantait dans la rue, les usines, les meetings, tu étais devenu la coqueluche de la révolte et des anarchistes. Partisan du sabotage, tu ne te privais pas de le chanter en soutien aux cheminots en grève, le Préfet Lépine fit engager des poursuites contre toi pour des moqueries sur de "pauvres" agents de police blessés pendant la manifestation du 1er mai 1911, ces poursuites n'aboutirent pas, et pour cause…

 

  Cette même année la révolte se précise chez les vignerons Marnais, tu n'es pas en reste et tu publieras 4 chansons à leur gloire dans "La guerre sociale" Il te restait peu de temps à vivre, quelques mois seulement, affaibli par la vie de bohème, une mauvaise nourriture et l'alcool (Ces mauvaises absinthes frelatées) ta santé se détériore de jour en jour, squelettique, en ce mois de juin 1911 tu n'es plus que l'ombre de toi même, une mauvaise congestion pulmonaire va t'emporter un jour maudit de juin 1911, le 28, tu n'avais que 31 ans ou presque. Tu seras inhumé le 1er juillet dans le Loiret à Meung-sur-Loire, ta ville.

 

  Cet anartiste a beaucoup compté pour moi, il est toujours là présent comme le furent à toutes époques ces femmes ou hommes à la marge, ceux qui ne sont pas dans le moule, il a beaucoup compté oui et moi je n'ai pas compté les dessins que j'ai pu faire en son hommage, 100, 200 ? moins, plus, peu importe, tu étais là à me regarder, à souffler sur mes révoltes, de Mai 68 au Larzac, partout et encore à la veille de l'absence, ce témoignage je te le dois, toi qui m'as donné l'envie de la négation pour affronter d'autres langages, toi qui m'as donné ce démon de la révolte qui tord les tripes, cette envie de transgresser, de créer l'imprévisible, de déconstruire et d'inventer, de rompre et choquer, je suis né de ton insoumission et je l'ai reproduite en retour en écrits et en dessins et c'est pour ne pas oublier que ce livre voit le jour, pour vous mais aussi pour les générations futures, Merci Couté, merci mille fois.

 

JIHEL.

texte de Thierry Delmotte

 

                                           LA PLUME DE GASTON COUTE

 

introduction de Jihel 

 

Jouer le visible en créant l'apparence, voilà le défi du texte de Thierry Delmotte sur Gaston Couté. Chercheur émérite, collectionneur réputé, il répudie l'esthétique du paysage traditionnel afin d'y mêler fiction et réel, de ce fait il crée la légende, ce véritable ailleurs qui donne le passage à mes créations.

Jihel.

 

 

              Je ne suis ni ange, ni démon, juste une plume qui traverse le temps depuis la naissance de l'homme jusqu'à ce jour. J'observe les hommes au hasard des vents. Le destin me guide. En cette année 1880, et plus exactement le 22 novembre, je survole la France. Prise dans un tourbillon, je descends sur cette région française nommée la Beauce sur la ville de Beaugency. Il est 3h30 du matin. Je suis au-dessus d'un moulin, le moulin dit des Murs, situé rue du Rû. Un nouveau-né vagit. Je te découvre, Gaston Eugène Couté, fils de Eugène Désiré Couté (39 ans), meunier de son état et de Estelle Joséphine Palmyre Alleaume (34 ans). Tu es le second de la fratrie. Une sœur, Rosa de 15 ans, est ton aînée. Elle sera une seconde mère pour toi. Nous sommes au cœur de la minoterie beauceronne. Deux années se sont écoulées. La famille s'est installée dans un nouveau moulin, près d'Orléans, à Saint-Pryvé. Nous avons traversé la Loire. Mais, un an plus tard, une opportunité s'offre à ton père, reprendre le plus important moulin de Roudon dans la banlieue de Meung-sur-Loire, un grand moulin de pierres grises, le Moulin de Clan sur la rivière des Trois Mauves, affluent de la Loire. Tes premières années, livré à toi-même, tes parents étant occupés avec le moulin, tu fréquentes assidûment l'école de la nature. Tu observes la vie qui grouille autour de toi, les grenouilles et les libellules dans les roseaux, les poissons dans l'eau et les alouettes s'envoler des blés. C'est l'apprentissage de la vie et de la nature. Tu regardes tourner sans fin la roue du moulin qui envoie l'eau avec violence. Dès que tu rentres à la meunerie, tu es vite couvert de poussières blanches du blé moulu. Pour t’amuser, les jours de pluie, tu organises des courses de ténébrions meuniers dans le moulin. A l’école. Comme tous les enfants de ton âge, tu rentres à l'école maternelle, terminées les courses dans les roseaux, les prés, … à la découverte de la nature et de la vie, toute la journée. Ce sera l'école communale de la Nivelle à l'entrée de Meung-sur-Loire, puis celle de la rue des Remparts à Meung où tu apprends à lire et à écrire. Dès que tu as appris à écrire, tu noircis de ton écriture malhabile tous les morceaux de papier que tu trouves. Tu es intelligent et apprends facilement, surtout pour les matières littéraires.

Le calcul et les sciences n'entrent pas dans tes centres d'intérêt. Tu es bon élève mais cela ne t'empêche pas de ne pas être le dernier à faire des farces aux uns et aux autres. Les champs, la forêt, la rivière sont tes terrains de jeux avec tes amis, été comme hiver, dont ton ami Maurice Frottier qui te restera fidèle toute ta vie. Tu apprends à poser les collets et les lignes de fond. Comme tous les enfants de la campagne, il ne vous faut pas grand-chose pour vous amuser. Parfois, cependant, j'ai envie de vous botter le cul quand vous martyrisez les animaux, dénichez les nids des oiseaux. Et nous voilà le 2 mai 1889, jour qui sera maudit pour toi. C’est celui où ta sœur se marie avec Emmanuel Troulet. Du haut de tes 9 ans, tu le détestes immédiatement. Il te vole ta sœur, ta seconde mère, et en plus, son attitude est totalement opposée à la tienne. Autant, tu es fantasque, rêveur, lui est intéressé, ambitieux et farouche adepte de l'ordre. Tout vous oppose. Tu l'apprécies tellement peu, que plus tard, mais tu ne le sais pas encore, tu en feras le personnage d'un de tes poèmes, « Monsieur Imbu » 1891. Tu as 11 ans. Tu es reçu brillamment au Certificat d'Etude Primaire.

Tu te classes même 1er du canton. Tes parents sont fiers de toi et veulent le meilleur pour leur fils. Tu poursuivras donc ta scolarité pour devenir autre chose qu’un paysan, un meunier, un ouvrier, … Ils rêvent secrètement de te voir devenir médecin ou notaire. Ils ne comprennent pas, ou ne veulent pas le voir, que tu es un rêveur, quelqu’un destiné à vivre en dehors des chemins battus. Pour continuer tes études, ils ont choisi pour toi, le Cours complémentaire de Meung-sur-Loire. C'est à cette période que tu changes et que tu deviens de plus en plus indiscipliné. En blouse, et culotte courte, tu parcours les ruines du château. Ses souterrains et ses cachots font surgir en toi des images de pauvres ères emprisonnés victimes des châtelains et de la justice. Amateur de lettres, tu admires tes compatriotes François Villon et Chopine Jean de Meung, eux aussi des révoltés. Tu te nourris de leur esprit, de leurs idées.

Ton esprit vagabonde de plus en plus au détriment de tes études. Des mots deviennent ton crédo « Justice » et « Révolte ». Sans que tu en sois conscient, c’est dans une croisade que tu t’engages.Tu es brillant en français et tu écris de plus en plus de poèmes et petites histoires. Tu n'hésites pas à en faire bénéficier les autres, et tu auras même ton jour de gloire, lorsque pendant la distribution des prix de 1894, devant un parterre de professeurs, de parents et d’élèves, tu récites un de tes poèmes que tu as appelé «Mon habit de dimanche ». L'histoire est une matière qui te convient aussi. Elle nourrit ton imagination et forge en toi des idées qui s’affirmeront plus tard. Il faut dire que tu bénéficies d'une excellente mémoire ce qui facilite ton apprentissage.

Tu te désintéresses de plus en plus des autres matières ! 1895, c'est le grand jour, celui du passage du Brevet élémentaire, tu es confiant, comme tes parents et ton professeur, Monsieur Petitbergien, tu dois l'obtenir sans peine, toi le bon élève malgré ton indiscipline. Ton professeur t’apprécie, malgré tout ce que tu peux lui faire subir. Mais voilà que pendant l'examen, tu constates que ton voisin peine pour écrire sa rédaction. Comme c'est un bon copain, tu lui passes la tienne, mais patatras, faute de temps, tu bâcles ta seconde version, à tel point que ta note ne te permet pas de rattraper les points perdus en physique et en science. Ton bon cœur te coûte cher, mais ton action s'inscrit en droite ligne de ton caractère. Tu rates le Brevet. C'est un choc pour tes parents, mais ils gardent confiance en toi et tes possibilités malgré tout. De plus, comme les travaux manuels ne t'attirent pas notamment ceux de la meunerie, et que tu ne t'entends pas avec ton beau-frère, ils décident de te faire continuer tes études. Ce sera au lycée Pothier à Orléans. Comme c’est assez loin de chez toi, puisque 35 km séparent Orléans de Beaugency, et que de ce fait tu ne peux pas rentrer chez toi tous les jours, tu seras pensionnaire. Et nous voilà, au début du mois de septembre 1896, c'est le jour de la rentrée. Ton père a chargé une malle contenant tes affaires dans la carriole du moulin. Vous prenez ensemble la direction de la gare de chemin de fer de Meung-sur-Loire. Ta mère et ta sœur vous regardent partir avec une larme au coin de l'œil. Le petit s’en va ! Pour la première fois de ta vie, tu vas prendre le train.

Tu es, à la fois, excité par cette idée mais en même temps un peu inquiet de quitter le nid familial pour l'inconnu ! Quand vous arrivez, ta première pensée, face aux hauts murs gris qui enserrent l’école est de te dire, « j'entre en prison ». De son côté, ton père est heureux parce que tu vas fréquenter du beau monde, comme les fils de notaire, du châtelain, des notables, .... Il ne peut pas deviner que, au contraire, ces fréquentations vont exacerber tes idées révolutionnaires. Car, déjà, tu observes le monde et tu compares les habitants des belles maisons bâties au bord du Loiret et le monde paysan. La différence entre ces deux milieux te heurte et te révolte. En toi, montent les idées de révolte et d'insoumission. Tu rejettes ces inégalités qui vont nourrir ta prose. Déjà tu portes en toi les germes qui te feront traiter de libertaire et d'anarchiste. Pour toi seule la liberté individuelle prime. Elle doit être au-dessus des organisations, des gouvernements, de tout ce qui représente une forme d'autoritarisme politique ou autre, comme l'armée et l'Eglise. Tu refuses tout compromis et tu ne vois autour de toi que l’injustice sociale, la répression, la pauvreté du peuple ouvrier et paysan. Tu excrètes l’ordre, les bourgeois et le clergé. Tu n'as toujours pas la bosse des études, en particulier pour les mathématiques. Tu fais partie de ces élèves pour qui il suffit de voir passer un oiseau devant la vitre, pour que son esprit s'envole avec lui vers des pays lointains ? De plus, tu préfères parler le patois et l'argot beauceron qui résonnent mieux dans tes oreilles que le français. Entre toi et la plupart de tes condisciples et les professeurs, c'est l'incompréhension. Vous vivez sur deux planètes différentes. Il faut dire que tu ne fais aucun effort pour t'intégrer. Pendant les cours de mathématiques, tu griffonnes des textes, ce qui générera une situation burlesque quand ton professeur s’aperçoit que tu n'écoutes rien de ce qu'il dit, t'interpelle et te demande de lui donner ce que tu as écrit.

Alors tu lui tends un texte qu'il lit, commente en se moquant de son contenu faisant de toi la risée de la classe, en particulier des jeunes bourgeois. Tu en restes interdit, car ce texte que tu lui as donné est, en réalité, un texte que tu as recopié de Victor Hugo ! Pour toi, c'est la preuve définitive que toi, comme tous les écrivains, même enseignés à l’école, sont des incompris ! Tu t'enfonces pour devenir un élève médiocre et indiscipliné. Tu rejettes cette discipline permanente qui gère ton temps et t’emprisonne. Les punitions et les consignes des week-ends se multiplient à ton endroit. Tu n'as qu'une envie, fuir ces murs pour retrouver ta liberté. Ce qui devait arriver, arriva, tu es renvoyé du lycée. C’en est fini des études pour toi. Cependant une chose positive de ce court séjour sera ta rencontre avec Pierre Dumarchay. Il deviendra Pierre Mac Orlan que tu retrouveras plus tard à l'Hôtel Bouscarat, Place Montmartre à Paris dans lequel vous logerez sur le même palier, et qui restera jusqu'à la fin de tes jours ton ami. Fonctionnaire ! Quand tu reviens au moulin, rejeté par l’école, c'est désastre pour tes parents qui te voyaient te diriger vers une haute destinée. Ils ne pensent qu'à une chose, qu'allait-on faire de toi ? Même s'ils connaissent ton appétence pour les lettres, pour eux, il n'est pas question de te laisser devenir un saltimbanque qui écrit et déclame des poèmes en courant les routes. De quoi vivrais-tu ? Concernant le métier de meunier, ils se sont rendus à l’évidence, tu n'en as pas la capacité, ni la fibre, et puis la place est prise par ton beau-frère. Et comme, il n'est pas question pour ton père que tu te complaises dans l'oisiveté, il demande à Monsieur Fernand Rabier, député du Loiret, de te trouver un emploi.

C'est ainsi qu’il te trouve un poste de commis auxiliaire à la Recette Générale des Impôts d'Orléans. Tes parents sont soulagés. Tu as un emploi stable et tu deviens un fonctionnaire, même si c’est de bas niveau. Cet emploi au sein d'une administration, que tu rejettes par principe, et dans laquelle, chiffres et mathématiques sont ta vie quotidienne, ne te convient pas. Il faut reconnaître que tu ne lui conviens pas non plus ! Ton séjour en son sein est bref. Pendant ce passage dans l'Administration, tu te trouves, grâce à l'intervention d'un de tes anciens professeurs, Monsieur Maurice Dumesnil, un poste au « Progrès du Loiret », journal local. Pour la première fois tu publies tes poèmes, dont « Chanson d'un gâs qu'a mal tourné ». Ce texte te suivra toute ta vie. Tu ne peux pas imaginer que ce gas qu’à mal tourné te collera à la peau et deviendra ton qualificatif. Tu écris aussi dans « La revue littéraire et sténographique ». Mais, comme du fait de ton statut, tu ne peux pas publier sous ton nom, tu le fais sous les pseudonymes de « Gaston Coutey » et de « Pierre Printemps » ! Si jusqu'à présent, tu as écrit tes textes en français, pour la première fois tu publies en patois, dont le « Le champs des naviots ». Tu es loin de penser que c’est ce texte qui t’ouvrira les portes de ton futur monde, celui des chansonniers. Un soir, ton destin va basculer. Pendant cette période de vie active, de temps en temps, il t'arrive de revenir au moulin. Ce trajet, tu préfères le faire à vélo et cela par n'importe quel temps. C'est moins cher que le train et tu es libre de tes horaires. Le trajet ne te prend guère plus d'une heure. C'est lors d'une de ces visites qu'un soir tu décides avec quelques-uns de tes amis d'aller écouter des artistes parisiens en tournée qui sont de passage au café Gillet.

A la fin du spectacle, le directeur de la tournée, Castello, demande si quelqu’un veut se faire entendre. Installés dans la salle, tes amis te poussent à aller sur scène déclamer tes textes, le reste du public enchaîne avec eux. Ton nom est scandé par les spectateurs, même ceux qui ne te connaissent pas. Alors, culotté et sûr de toi, tu montes sur scène. Lui et les artistes de la tournée sont curieux de t’entendre. La salle est un peu bruyante mais cela ne t'émeut pas. Ton premier essai avec « La statue de Jean de Meung » est un bide. Alors, sans te démonter, tu enchaînes avec « Le champ de naviots ». C'est le succès. La salle applaudit à tout rompre, à tel point que Castello t'interroge sur l'auteur, et quand tu lui réponds que c'est toi, il te complimente en te glissant cette phrase qui va déterminer ton destin « Prends un peu de métier, et monte à Paris où tu as ta place ». Cette phrase, tu la ressasses. Elle génère en toi l'envie de quitter ton territoire pour aller conquérir Montmartre, haut lieu des cabarets et artistes en tout genre, la Butte Montmartre qui rassemble ceux que tu admires et envies ! A nous deux, Paris ! Tu as 18 ans et en ce bon matin du 31 octobre 1898, tu quittes le moulin pour la gare à bord d’une « Tapissière » loué par ton père.

 

Direction Paris. Arrivé à la gare, ton père, au moment de vous séparer, te glisse 100 francs dans ta main, tout en te disant que c'était le seul argent qu'il te donnerait et qu'il ne t'en enverrait pas, mais que tu seras toujours le bienvenu à la maison ! Peu importe, à toi la capitale. Comme Jeanne d’Arc a défendu ses idées à Beaugency, tu montes à Paris défendre les tiennes, Paris où se tiennent toutes les instances dirigeantes que tu dois convaincre. Sans un dernier regard pour ton père, tu montes dans le train pour Paris, c'est en 3ème classe que tu voyages. Tes yeux brillent de joie et d'illusions. Pour toi, il ne peut en être autrement, tu vas conquérir Paris et faire changer le monde par tes écrits. Comme un dénommé Charles Aznavour le chantera des années plus tard avec « Je m'voyais déjà », tu te vois déjà en haut de l’affiche. Tu vas clamer, haut et fort, la détresse du peuple, dénoncer l'injustice et tous les maux qui accablent les paysans et les ouvriers au profit des gouvernants, des bourgeois, des militaires. Tu vas proclamer la désobéissance civique et rejoindre les rangs des révoltés pour devenir l'un de leur chantre. Les gens accourront pour t'écouter et par ta célébrité les choses changeront, ce sont ces pensées qui t'animent pendant tout le trajet. Les passagers te regardent avec curiosité.

Tu es habillé de ton grand feutre noir et de ta blouse de paysan. Bientôt tu arrives à la gare d'Orsay, son immense hall t'impressionne. Rapidement, tu prends le chemin de la Butte Montmartre à pied. Tu ne connais pas Paris et à maintes reprises tu dois demander ton chemin jusqu'au moment où tu te trouves au pied de l'immense et interminable escalier qui mène à la Basilique Saint-Pierre et à la Butte, de la basilique, tu n'as cure. Tu ne vois que la Place du Tertre et ses rues étroites qui serpentent autour de la butte. Un regard sur le panorama, comme pour dire « A nous deux Paris » et tu pars à la découverte des lieux. Tu es seul, un peu désorienté, anonyme parmi les milliers d'autres anonymes. Tu as l'impression de te trouver dans une fourmilière. Comme il est loin le calme de ta campagne et même celui relatif de Beaugency ! Nulle acclamation sur ton passage, personne n'est là pour t'accueillir. Tu es livré à toi-même. Il va te falloir découvrir ton nouveau monde et te débrouiller seul pour tracer ton destin. Les cabarets dont les noms te font rêver, tu ne sais même pas où ils se trouvent ! A l'aide d'un journal, tu les débusques, mais ils ne t'attendent pas ! Aussi, tu vas commencer par les visiter et écouter leurs artistes.

Tu ne manques pas de suffisance quand tu critiques certains d’entre eux ! Cela renforce ta foi en toi. Tu penses vraiment que tu es meilleur ! Finalement, c'est au pied de la butte que tu trouves ta première tribune, au « Al Tartaine (La tartine) », Boulevard de Rochechouart. Taffin, le directeur, te donne ta chance. Comme tu l'avais prédit, la porte du succès s’entrouvre. Il faut dire que tu détonnes avec tes déclamations en patois beauceron, avec ta gouaille et ton franc-parler. Tu déclames ton « Champ de naviots » devant des gens qui n'ont jamais vu un champ et peut-être même, un navet. Mais ta voix rude et tes paroles colorées les emportent dans un autre monde. Ton succès n'est récompensé par la direction que par des cafés crème et quelques croissants. Peu importe le gage, seule la fierté de déclamer devant un public et d’être applaudi, l'emporte. Ta vie de bohême est précaire. Tu ne te doutes pas que cette galère te conduira à ta perte.

Tu dépenses ton maigre pécule pour te loger et boire. Heureusement que le peintre Henri Jamet, un pays, même s'il vient de Gien et que tu as rencontré sur la Butte, t'héberge pour quelques temps. Un mois après, c'est un autre de tes camarades de cabaret, Auguste Berthelo qui te présente à André Joyeux et Maurice Lucas, les directeurs de l’« Ane Rouge » , Avenue Trudaine, qui t'ouvrent leur porte. La paie n'est guère meilleure ! Très vite tu as creusé ton trou dans la butte. Tu es apprécié par les artistes montmartrois, dont certains sont déjà célèbres, mais dont la majorité, comme toi, sont désargentés. Tu es reconnu de tes pairs, comme Maurice Lucas (poète), Joan Rictus (poète), Francine Lorée-Privas (auteur-compositeur), … Enfin, ton nom figure sur une affiche ! Deux mois ont passé, maintenant, tu te produis « aux Funambules ». Son directeur, Georges Oble, qui est également chanteur, compositeur, poète et journaliste, te rémunère. Oh pas avec un salaire de pacha, mais 3,50 francs par soirée. C'est mieux que rien, quand on sait que le kilo de pain est à 0,98 francs. Ta situation s'améliore et tu peux t'offrir une chambre. Ce n'est pas un palace, c'est un toit sous lequel chaque nuit tu peux dormir. La période de vaches maigres et du dénuement s'achève. Mais déjà, la « Fée verte » t'a séduit ! La boisson des artistes, comme on l’appelle, car peu chère. J'aimerais pouvoir te crier « Arrêtes de boire cette absinthe qui te détruit ! ». Tu en es conscient puisque tu écris « Les absinthes », mais c'est plus fort que toi. Tu es accroc. C'est pendant cette période de ta vie que tu écris des poèmes qui resteront parmi tes meilleurs, dont « Les conscrits », « Le Christ en bois », « Les Gourmandines », … Retour à la maison Avec la période estivale, la plupart des cabarets ferment temporairement leurs portes jusqu’en octobre. Alors, plus de cachet pour toi, le peu d'argent que tu as gagné te file entre les doigts et tu retombes dans la galère. A nouveau tu connais la faim, même si tu n'as jamais connu l'opulence.

Désillusion, au moment où tu perces, que tu gagnes (maigrement) ta vie, tu retombes sur le pavé. Une seule issue, ravaler ta fierté et retourner au moulin, dont les portes, comme te l'a dit ton père, te sont toujours ouvertes ! C'est presque comme un vagabond, un trimard, un chemineau que tu arrives à Meung, affamé et maigre comme un clou. A ta vue, les habitants ferment leurs rideaux et interdisent à leurs enfants d’aller te voir, même ceux avec qui tu as passé ton enfance. Un de tes amis d’école par pitié, t'ouvre sa porte et te remet en peu en état, tout au moins du point de vue vestimentaire et visuel. Ainsi tu pourras te présenter à ta famille, pauvre, mais propre et les cheveux taillés ! Ton arrivée au moulin crée à la fois de la gêne devant ton état, et de la joie de te retrouver. Ton père toujours aussi peu expansif te regarde triste et décontenancé, pour ta mère et ta sœur, c'est rapidement le plaisir de te retrouver qui prend le dessus. Pour elles, c’est le retour du fils prodigue de la Bible ! Seule ombre au tableau, ton beau-frère et son air suffisant et dédaigneux, qui te regarde un rictus à la bouche, comme pour dire « Je l'avais prévenu ! ». Mais pas d'animosité exprimée. C'est l'entente cordiale entre vous. C'est l'entente dans toute la maisonnée. Chacun garde ses pensées pour lui. Ta mère et ta sœur te dorlotent et te remplument. La nourriture est bonne et saine, le lit douillet.

Tu as repris tes ballades dans la nature, ton âme est apaisée. Tu en arrives même à te demander, si tu ne devrais pas arrêter ta vie de saltimbanque, au profit d'une vie rangée auprès des tiens. Tu as réussi à oublier « la Fée Verte » ! Il faut dire qu’elle n’est pas dans son élément ici. La place est prise par le vin issu des vignes proches. Mais, comme beaucoup de bonnes résolutions, celle-ci ne dure que quelques semaines. Rapidement la nostalgie des cabarets, de tes amis, prend le dessus. Tu oublies les galères pour ne retenir que les bons côtés de l'amitié et le pouvoir d’exprimer tes idées devant un public. Ce dernier te manque ! De plus, au fur et à mesure que tu reprends ta vitalité, ton caractère prend le dessus. Tu supportes de moins en moins l'organisation, l'ordre et la discipline du moulin. Les heurts avec ton père et surtout ton beau-frère se multiplient. L’entente cordiale explose. C’est décidé tu retournes à Paris. Et tu repars pour ta Butte chérie ! Une épreuve redoutée : le conseil de révision 1900.Tu as 20 ans, l'âge de te présenter au Conseil de Révision chez toi. C'est le retour au pays que tu n'as pas revu depuis ton départ à Paris. Même si l'antimilitarisme est ancré en toi, tu n'as pas le choix, tu dois t'y présenter, sous peine de devenir un déserteur qui sera poursuivi dans tout le pays. Même si l’idée t'a traversé l'esprit, tu t'y résous et te prépares en conséquence pour y échapper, car même si tu es d'une maigreur effrayante, ce n'est pas suffisant pour être certain du résultat. Aussi, la veille et le matin même du jour J, tu pousses sur l'alcool et tu prends de la drogue.

C'est presque en épave que tu vas te présenter devant le Médecin Chef. Intelligent, tu as, aussi, rejeté l'idée de déclarer ton antimilitarisme, qui peut avoir l'effet inverse et te faire accepter avant d’être dirigé vers les régiments disciplinaires, comme les Bat’d’Af, et Biribi. Ce qui serait pour toi l'équivalent d'une condamnation à mort ! Tu es nu, debout devant celui qui a ton sort entre ses mains. Tu passes sous la toise et sur la bascule. Pendant ce temps, tu penses « Pourvu qu’il n’ait pas entendu parler de moi, ou pis encore avoir écouté certains de mes textes antimilitaristes ! » non, il ne sait rien de tout cela. Le major t'observe, relève ta maigreur, ton teint blanc, avant de te demander quel est ton métier. Quand tu lui réponds « chansonnier », il ne peut s'empêcher de dire « On ne peut pas dire que le métier de chansonnier nourrit son homme ». Brave homme, il estime que ton état actuel n’est pas compatible avec le service militaire. Finalement, ton enrôlement est ajourné. Deux fois, tu seras ajourné à nouveau, avant d'être définitivement réformé. Tu ne te voyais pas passer deux ans dans l’armée. tu ne l’aurais pas supporté, ton indiscipline et ton antimilitarisme auraient repris le dessus, tout aurait fini en drame Ta période de gloire. 1902-1907. Ta réputation grandit, mais elle ne te permet pas d'être rémunéré de manière à ce que tu puisses vivre normalement, à savoir habiter autrement que dans un taudis, et en t'alimentant équilibré. De plus tu n’en as pas, au fond de toi, envie. Comme beaucoup de tes amis artistes, l’argent te file entre tes doigts. Vous vivez au jour le jour sans vous soucier des contingences matérielles et sans vous plaindre. Petit à petit tes cachets augmentent au fur et à mesure que ton nom se multiplie et grossit sur les affiches. Tu peux manger et te loger plus dignement, même s’il t’arrive encore de dormir à la belle étoile, mais c’est de ta décision ! Ton rêve se réalise ! Dans tes chansons, tu chantes l'insoumission, l'antimilitarisme, la liberté, l'égalité, la révolte, le monde paysan sous tous ses angles ! Après cette période de vaches maigres, enfin, tu atteins ton objectif. Ton nom s'inscrit sur les affiches des cabarets, que ce soit à " la Nouvelle Athènes", " l'Ane rouge", les "Funambules", le "Lapin agile", le "Conservatoire", le "Carillon", les "Quat'z arts", le "Pacha noir", le " Gringoire "... Tu es devenu incontournable sur la Butte et au-delà. Les bourgeois quittent leurs beaux quartiers pour venir t'écouter dans une atmosphère enfumée et alcoolisée, et s’encanailler ! Mais t’en oublies pas tes « racines » paysannes.

Tu continues à développer les thèmes de la vie paysanne. Tu rejoins en cela, dans un style différent, Théodore Botrel, le barde breton. Tous les deux, vous êtes les défenseurs des paysans et des langues locales. Après un début difficile dans vos relations résultant d’une certaine jalousie de la part de Botrel, vous apprenez à vous connaître. Tu écris même pour sa revue « La Bonne Chanson ». Tu es la voix de la terre, du moins celle de ceux qui la travaillent. Tu utilises dans tes texte chaque détail de leur vie que tu as observé minutieusement que ce soit leur travail ou leur comportement. La bourgeoisie rurale est ta cible préférée, tu es sans concession pour eux. Tu dissèques ta région, comme un entomologiste. Tu la défends avec autant d’ardeur que tu l’attaques, en particulier lorsqu’il s’agit du traitement des femmes. Féministe avant l’heure, tu pourfends cette attitude que tu dénonces dans « Le foin qui presse ». Tu compatis autant pour la fille-mère de la campagne que pour les prostituées qui arpentent les trottoirs de Paris. Ta parole porte auprès du peuple et des artistes car elle replace les paysans décriés, méprisés et moqués par les citadins à la première place de la nation. Ces derniers, tu les surnommes les « Villotiers ». Tu contestes l’ordre social et tous ceux qui l’incarnent, ainsi tu véhicules l’image d’un anarchiste que tu es. Tu profites qu’elle soit dans l’air du temps. 1871 et la Commune de Paris, ce n’est pas si lointain. Le verbe patois est ton arme que, surtout, tu déclames pour ton plaisir ! Ta réussite est telle que tu deviens même, pour quelques mois, le codirecteur du cabaret «La Truie qui file » avec Gaston Dumestre et Dominus ! Toi directeur ! C’est contre-nature ! A tes côtés dans les bars et les cabarets, on peut croiser, des écrivains comme Roland Dorgelés, Mac Orlan ton condisciple au collège, Francis Carco, Guillaume Apollinaire, et des poètes comme Max Jacob, des peintres comme Joachim-Raphaël Boronali, Amedeo Clemente Modigliani, Pablo Picasso et Pierre-Henri Vaillant, des dessinateurs comme Francisque Poulbot, Jules Depaquit, fidèle de tes fidèles et qui deviendra maire de Montmartre, des chansonniers comme Jehan Rictus, Théodore Botrel, sans oublier tes amis, journalistes dont Victor Méric et syndicalistes. La Butte Montmartre et ses rues qui descendent vers la place Pigalle, la place Blanche, la place Clichy, est devenue ton territoire.

Tu descends même jusqu'au Quartier Latin, en particulier à « la Chope de la Harpe », repaire de Victor Méric, où chaque soir le monde est refait au milieu des bocks de bière qui s'amoncellent. Et comme si, tous ces lieux ne te suffisent pas, tu vas aux Halles à « La Baratte » ou au « Grand Comptoir », fiefs des souteneurs et des filles de la rue. Tu passes des nuits entières avec tes amis, souvent accompagné de ton fidèle Jules Depaquit. Vous buvez, buvez et buvez, jusqu'à l'ivresse dans ces cabarets et ces bars qui deviennent pour toi ta vie, et qui causeront ta mort. Je le sais, mais je ne peux rien faire pour toi ! Pour te sentir vivant il faut que tu sois entouré d'amis, ce sont eux qui te donnent la force de monter sur les planches, chassent la mélancolie qui parfois t'étreint. Tu n'aimes pas être seul. C'est pourtant souvent seul que tu t'endors, parfois à la belle étoile. Il t'arrive de finir ta nuit avec une prostituée rencontrée sur le trottoir, quand tu es déjà dans les bras de la « Fée verte » vos étreintes deviennent parfois violentes, comme tu l’as écrit « J’ai fait des bleus sur ta peau blanche" ! Malheureusement de plus en plus, tu délaisses les planches au profit des tables de bistrots.

Petit à petit, insidieusement, je vois les portes des cabarets se fermer devant toi. Compte-tenu de ta propension à l'alcool et le développement de ton activité politique engagée, tu es de moins en moins réclamé. De plus, les mentalités changent. C’est la montée du patriotisme. Une guerre se prépare. Tu n’es plus en odeur de sainteté dans certains cabarets avec tes idées libertaires et antimilitaristes. C'est la descente aux enfers qui commence pour toi. Je suis impuissant. Alors recommencent les privations, les cachets de misère, les nuits à la belle étoile, et les cafés crème en lieu et place des repas. Parfois quand tu te sens trop mal, tu quittes la Butte à pied et accompagné par quelques-uns de tes amis comme, Tony Taveau et Pierre Mac Orlan, tu vas à Roudon reprendre des forces, chez la mère Vitry, qui te loue un bâtiment que tu baptises "La Turne". Tu pars à pied en tournée locale sans but précis, sans date, comme un chemineau, souvent à l’improviste. Tu fais le désespoir de ta mère, à chaque fois elle te remet sur pied. La Guerre Sociale Tes poèmes libertaires et engagés t’ont fait rapidement remarquer par les anarchistes et les militants de la CGT. Sollicité, tu te syndiques à la CGT à travers l'Union syndicale des artistes lyriques, concerts et music-Halls et, en 1909, au Groupe des Chansonniers Révolutionnaires sous l'impulsion de Tony Gall, son trésorier qui est, comme toi, chansonnier. Ton engagement se traduit par ta participation bénévole à des meetings et des soirées militantes. Tu aimes t'exprimer devant ce public acquis sans arrière-pensée à tes idées, et qui boit tes paroles. En juin 1910, tu rejoins tes amis Victor Méric, Miguel Almereyda et Fernand Després, au journal « La Guerre sociale », second journal politique français, et concentrateur de toutes les idées révolutionnaires, animé par l'ancien professeur d'histoire Gustave Hervé qui en est le rédacteur en chef. Tu vas, chaque semaine, pendant un an, publier en première page une chanson. Chacune d'entre elles est rédigée sur un air connu de tous et a pour cible l'actualité politique et sociale. En cela, tu rejoins les caricaturistes de l'époque, Orens, Molynck, Bobb, Myrra qui eux utilisent leurs talents de dessinateurs pour brocarder politiques, militaires ..., et montrer l'actualité à leur façon à travers leurs cartes postales. A « La Guerre Sociale » tu as le droit à une rubrique à part entière intitulée « Au parterre ». Tes textes traversent de part en part le Paris, ouvrier et révolutionnaire. Ils sont répétés, chantés plus exactement, dans les ateliers, les rues, et à n’en plus finir, les soirs de rassemblements syndicaux.

 

Tu as réussi l'exploit de transformer ton patois beauceron en langage de l'expression revendicative ouvrière et populaire.

Tu es devenu leur chantre. Tu n'es pas Gavroche, mais pas loin ! Je suis certain que, si comme en 1871, des barricades s'élevaient dans Montmartre, tu serais dessus, déclamant tes textes, face aux canons et aux fusils du Pouvoir, des Bourgeois ! Louise Michel t'aurait aimé ! Parmi tes publications : « Hélas quelle douleur ! » et « Il avait un tire-bouchon » qui te vaudront d’être poursuivi par la Justice. Parmi les autres, « Le gâs qu’a perdu l’esprit », « Les taureaux », « Noël », « Pour faire plaisir au Colon », « Printemps », « Pistou lit la Guerre Sociale », « Ubu président », « A moi j’m’en », « La berceuse du dormant », « Les loups », « Nib de conspirateur », « Car pour refaire la nature … A Biribi lugubre enfer, ils ont rétabli la torture ». « La Complainte des Ramasseux d’Morts », et « La fleur bleue », ta dernière chanson dans « La Guerre Sociale » du 20 juin 1911. En parallèle, fort de ton engagement politique, tu écris cinq chansons pour la « La Barricade », l'éphémère hebdomadaire de ton ami Victor Méric, mais comme tu es engagé avec « La Guerre Sociale » tu ne les signes pas de ton nom. Tu choisis, de signer « Le Subéziot », ce qui veut dire en patois beauceron, « celui qui siffle », parmi tes textes, celui écrit contre le Président Fallières, à l’occasion de l’exécution de Jean-Jacques Liaboeuf, « Loupillon 1910 » Depuis la fin du siècle dernier, les conflits sociaux se multiplient. Entre 1.000 et 1.500 grèves se déroulent en France, réprimées par la police et l’armée. Parfois, le sang coule comme à Draveil (1905) lors de la grève des carriers ou à Narbonne en 1907 (7 morts). Face à ces injustices sociales, tu ne peux pas rester neutre, tu te dresses en récitant poèmes et chansons. En octobre 1910, pour la grève des cheminots, tu signes plusieurs chansons comme, « La Chanson des fils », « La Carmagnole des cheminots », « Cheminots, quel joli sabotage ! », « Ça va, ça va, la Grève marche », « Les Joyeusetés de la grève perlée ». Ton engagement est tel que dans les dernières années de ta vie, tu te produis presque exclusivement à la Maison du Peuple, rue Ramey au fond de l’impasse Pers. Même fiévreux et secoué de quintes de toux, tu déclames à ceux qui les réclament tes poèmes, « Le Ramasseux d'morts », « Les Gourmandines », « Môssieu Imbu », « Le Champs d'naviots », « Les Conscrits », … Tes dernières grandes causes. En ce début d'année 1911, la tension monte en Champagne. Les vignerons dans le dénuement le plus extrême se dressent contre certaines Maisons de Champagne qui pratiquent la fraude, s'enrichissant de plus en plus. Bien évidemment tu prends fait et cause pour ces cossiers, et tu écris quatre chansons pour défendre leur cause : « Le beau geste du sous-préfet », « Cantique à l'usage des Vignerons Champenois », « Ces choses-là » et « Le crédo du paysan ». Tes chansons deviennent leur bannière. C'est en les chantant que le 11 avril, ils attaquent la ville d'Epernay et le 12 avril incendient et détruisent des Maisons de Champagne à Ay. Pour la première fois, tu vas écrire pour le monde agricole et cela ne sera pas pour les cultivateurs de ta Beauce natale, mais pour le monde viticole champenois. Mais, tu ne te contentes pas de défendre les vignerons contre les riches Maisons de Champagne, les autres conflits sociaux se succèdent à ne plus savoir où donner de la tête.

 

Tous mériteraient ton attention, mais ils sont trop nombreux pour que ta plume les encourage et les défende, chacun avec autant de force. Un ultime combat pour le 1er mai 1911, au cours duquel les manifestants se heurtent aux forces de l'ordre. II y a des blessés des deux côtés. Tu écris « 1er mai », texte dans lequel tu railles les « pauvres » blessés des forces de l'ordre au point que le Préfet de Police, Louis Lépine, engage des poursuites contre toi qui seront sans suite. Ta santé décline dangereusement sous les assauts permanents de la maladie, la malnutrition et de cet alcool maudit qu'est l'absinthe que tu consommes jour et nuit. Tu n'es plus qu' un squelette vivant qui se dirige inexorablement et rapidement vers la mort qui t'attend avec sa grande faux à la main. Faux qui te rappelle celle des moissonneurs de Beauce. Tu la vois s’approcher inexorablement et tu ne fais rien pour la fuir ! Est-ce pour cela que tu écris un hymne à la vie, exceptionnellement en français, « Notre Dame des sillons » Ta dernière soirée de liberté Tu ne le sais pas, mais en ce jour du 28 juin 1911, tu vis ta dernière soirée ou plutôt ta dernière nuit d'homme libre. Comme tous ces derniers jours, tu ne quittes pas d'une semelle ton ami, le journaliste Victor Méric, recherché par la police pour ses écrits. Tu fais un drôle de garde du corps, toi-même fiché comme libertaire et anarchiste ! Après une nuit passée dans le cabaret « Des Adrets » à parler, épancher tes sentiments, confier tes rancœurs de révolté et de réfractaire, comme si tu savais que tu arrives au bout de ta route, boire et à écrire, tu déclares «je suis éreinté ». Devant ton état physique, tes quintes de toux, Victor te met dans un taxi et donne ton adresse au chauffeur. Le taxi, dont le cheval est fatigué, arrivé à l'entrée de la rue Lepic refuse d'aller plus loin, c'est à pied, totalement exténué, que tu arrives chez toi, t'affaissant dans les bras de ta logeuse. Affolée, cette dernière appelle une ambulance qui t'emmène à l'hôpital Lariboisière. Tu y rends ton dernier souffle à 30 ans, le 28 juin 1911. La « Fée verte » et « La mégère nue » (surnom de la Bohême), tes deux « maîtresses » auront eu raison de toi, Ton esprit s'envole jusqu’à cette Beauce que tu n’as jamais cessé d’aimer et où tu envisageais de revenir pêcher et écrire des romans, dont un pour lequel tu avais déjà prévu le titre « Les pêcheurs d’écrevisses ». Mais, est-ce que, comme toutes tes autres résolutions, tu l’aurais tenue ? Ton dernier voyage. Nous sommes à l’hôpital Lariboisière. Tu es là, enfermé dans un cercueil de bois blanc couvert d’un drap noir, destiné aux indigents. Indigent, tu es redevenu. Pour ton dernier voyage, aucun membre de ta famille ne se présente à l'hôpital. Alors il revient à trois de tes amis, Guy Perron, Maurice Frottier et Fernand Pointier, de te dire au revoir. Puis, ton ami, Xavier Privas, chansonnier comme toi, prononce ému un discours d'adieu. Pourtant, ta mère est présente, seule à l’écart. Elle assiste à la cérémonie en silence, sans saluer tes amis. Ces amis qu’elle excrète pour t’avoir encouragé dans ta vie de débauche et conduit à cette mort. Ton chemin jusqu’à la gare, dans le corbillard des pauvres, tiré par deux chevaux, tu ne le feras pas seul. Plus de 200 personnes formeront un cortège pour t'accompagner de l'hôpital à la gare. Chansonniers, artistes peintres écrivains, ouvriers, compagnons de misère, copains, syndicalistes, ... et policiers, te suivent. Tu auras le droit, Boulevard Magenta, à une haie d'honneur formée par les terrassiers qui travaillent pour le métro. Spontanément, ils te prennent sur les épaules et c’est ainsi que tu finiras le trajet. L'hommage des travailleurs, à leur camarade, en reconnaissance de son engagement. Ensuite, c’est seule que ta mère te ramène chez toi dans le compartiment des marchandises. Meung-sur-Loire, le 1er juillet, tu es face au caveau familial. Si la foule est au rendez-vous, ce n'est pas pour toi, les habitants de Meung t’avaient rejeté, toi le chemineau, mais du fait de la présence de ton père et de ton beau-frère devenu membre du Conseil de mairie de Meung-sur-Loire. Tu as le droit à deux discours. Le premier plus empreint de sincérité fraternelle par ton camarade d'école J. Veillard et l'autre plus protocolaire par G. Séjourné, maire de Saint-Ay. Ton père se tient droit les yeux humides. Il doit repenser à ses propos lors de ton départ à Paris et à son attitude envers toi lors de tes séjours au moulin. Ta mère et ta sœur pleurent sur leur « fils » disparu trop tôt. Ton beau-frère, « Monsieur Imbu » pense à ce qu'il t'avait prédit, que tu finirais comme un vagabond. Ironie de l'histoire, vos dépouilles reposeront côte à côte pour l'éternité. Vous ne vous quitterez plus ! Tes amis parisiens sont là aussi, mais par procuration, représentés par des couronnes de fleurs. Sur celle de Théodore Botrel est inscrit « La bonne chanson », du nom de sa revue, et sur celle de Monthéus « A son camarade Couté ». Il y a celles de « La Guerre Sociale », « Le Caveau de la République », « L’Union Syndicale des Artistes Lyriques », « Ses camarades artistes », « Les Poètes et Chansonniers de Montmartre », … Tes parents et les locaux sont étonnés de voir cette reconnaissance et de découvrir que tu étais connu et apprécié. Je suis prêt à parier que sous sa carapace ton père est fier de toi. Tu fais partie de ces poètes maudits disparus que la mémoire humaine ne conserve pas. Il n'en demeure pas moins que pour certains, tu es un modèle, un héros, un artiste, un frère, … Tu as dépassé ta condition de chansonnier engagé pour devenir un chansonnier militant, du côté des faibles et des opprimés de toutes sortes, brocardant les nantis, les politiciens, les policiers et les militaires. Reposes en paix ! Je reprends mon envol ! A titre posthume. Nous nous sommes quittés, il y a plus d'un siècle, et parfois quand j'entends des chanteurs comme Bernard Meulien, Gérard Pierron, Jean Populus, Edith Piaf, Marc Robine, Hélène Maurice, La Tordue. Patachou, Alain-René Georges, Jean des Coeurs, Bernard Lavilliers, Jean Louis Bertrand, Pierre Brasseur, … je pense à toi. J’ai même entendu chanter « Les conscrits » et « Les Gourmandines » en 1915 dans les tranchées. Guerre qui se préparait à la fin de ta vie. Toi l’anti-militariste forcené, chanté par des soldats sous la mitraille et les coups de canons ! J’ai la nostalgie de notre parcours commun.

 

Il m'arrive de penser que le gars qu'a mal tourné, par sa personnalité, du moins celle du bon côté du miroir, riche de sa sensibilité, de ses propos vrais, de son honnêteté et de sa sincérité, jamais méchant envers l'individu, me manque. Si tu as connu l'invention du cinématographe, tu n'aurais jamais pensé que tu puisses être le héros de deux courts métrages réalisés par le cinéaste breton Louis Le Meur dans les années 1950, adaptés de tes poèmes, le « Christ en bois » et de « Monsieur Imbu ». Puis, plus tard et là, tu ne pouvais pas deviner son invention, c'est la télévision qui t'ouvrira son écran. Pour celle-ci, en 1979, Philippe Pilard réalise « La belle époque de Gaston Couté », avec Bernard Meulien dans ton rôle. En 2010, Thibault Dentel réalise un court-métrage intitulé « Not’Pays » d'après ta pièce « Leu' commune » écrite avec ton ami Maurice Lucas. A propos de ce dernier, te souviens-tu de ta virée de Meung à Gargilesse dans la Vallée de la Creuse, avec ton ami Maurice Lucas en août 1899. Comme des chemineaux vous avez marché plus de 250 km à pied, en passant par Beaugency, Blois, Cour-Cheverny, Romorantin, Mennetou-sur-Cher, Vierzon, Mehun-sur-Yèvre, Bourges, Saint-Florent sur Cher, Issoudun, Argenton, Châteauroux. Dans les villes et villages traversés, tu déclames tes poèmes, parfois avec succès, parfois dans l'indifférence totale, pendant que Maurice esquissait quelques aquarelles sur tes textes qu'il vendait sur place. Vous gagnez ainsi quelques francs vous permettant de manger et de vous loger, pas tous les jours ! Rapport à votre allure dépenaillée et vos propos subversifs à l'encontre des bourgeois, curés et de l'autorité, quelques démêlés avec la gendarmerie ont émaillé votre parcours, sauf à Saint-Florent-sur-Cher, où ce sont eux qui vous ont applaudis.

Ah ! que de bons souvenirs, loin de l'odeur de tabac, de l'alcool et de la fumée des cabarets ! Tu ne peux pas savoir, qu’au cours de mes pérégrinations, j’ai rencontré ta réincarnation. Je me suis posée sur un mur de pierres sèches en Provence, à Beaucaire. Là j’ai rencontré Jacques Camille Lardie, un artiste comme toi. Physiquement, vous n’aviez rien en commun, tout vous oppose, mais, dans la tête et dans le cœur, vous êtes identiques. J’ai vraiment cru en la réincarnation ! Il se fait appeler Jihel. Comme toi, c’est un immense artiste, trop méconnu. Il professe les mêmes idées que toi, Liberté, Egalité et Fraternité. Il pourfend l’ordre social incarné par les institutions, les bourgeois, l’armée et le culte, et conspue la classe politique. Comme toi, il se dresse contre les inégalités sociales et marche aux côtés des révoltés. Si ton talent se traduisait en mots, lui, il se traduit par le dessin. Comme toi, il a en lui ce démon de la révolte anarchiste qui lui tord les tripes. Cette envie de transgresser, de choquer, cette insoumission. Comme tu as défendu Jean-Jacques Liaboeuf, guillotiné en 1910, lui a défendu Rouhollah Zam qui a été pendu en 2020. Comme toi, il aurait été sur les barricades de la Commune de Paris. Lui a fait les barricades de la révolte de mai 1968 à Saint-Germain des Prés. Comme toi, il a la dent dure. Comme toi, il est rempli d’humanité. Comme toi, il a la sensibilité à fleur de peau et beaucoup de tendresse en lui. Il te dépeint comme personne, me donnant l’impression que tu te dessines toi-même ! Ah ! si tu pouvais voir ses affiches, ses dessins !

Tu as connu et apprécié, les cartes postales d’Orens, Molynck, … tu apprécierais les siennes. Comme toi, c’est un anartiste. Une différence majeure avec toi. Il ne boit pas ! Tu as été rejeté par les habitants de Meung car pour eux tu incarnais le désordre et le vagabondage. En un mot tu leur faisais à la fois peur et honte !

Ils t’ont enfin compris. Tu serais fier de savoir qu’en 1946, une association « Les amis de Gaston Couté » a été créée à Meung-sur-Loire, pour te rendre justice et faire connaître ton œuvre pour qu’elle devienne comme moi intemporelle ! Tu as même ta statue. Et plus encore, des écoles et collèges portent ton nom. A Nogent-le-Roi, Voves (Les Villages-Vovéens), Lion-en-Sullias, et Meung-sur-Loire ! Il est vrai que tu as chanté « L’Ecole ». Adieu mon ami. Ta plume Thierry Delmotte (Gardien de la mémoire) Ce texte purement imaginaire s'inspire largement de la réalité puisée dans les sites, comme : gastoncouté.free.fr, negrel.pagesperso-orange.fr, roudondiffusion.free.fr, barouline.org, dutempsdescerisesauxfeuillesmortes.net, itineraire-gaston-coute.com, www.maiton.fr, persée.fr – Elisabeth Pillet,... Il n'a comme ambition que de faire découvrir Gaston Couté. Il ne s'agit aucunement d'un document d'historien.

Fiction et réalité se mélangent étroitement.

 

Thierry Delmotte

Exposition " Gaston Couté par Jihel" 
2 et 3 Octobre à Meung-sur-Loire 

Affiches de l'exposition.

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Marilène Laffray et Bernard Gournaey      Catherine Patissier, membres de  l'association                                               
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Thierry Delmotte, amateur de Couté et de Jihel 
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Gaston Couté : Les absinthes 
      en 4 tableaux

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Texte de Jihel mis en musique par Henri Franceschi
 

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La révolte de la Champagne 

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Série : Le Subeziot 
6 cartes + présentation 

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Le ch'not du bout

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Divers